![]() Guinée : un mort et la paralysie générale
Troisième victime hier alors que la grève continue et que le Président s'obstine.
Par Marie-Laure COLSON
QUOTIDIEN : vendredi 19 janvier 2007
Les affrontements entre police et manifestants ont fait un
troisième mort hier en Guinée, et l'issue de cette nouvelle crise,
où le désespoir d'une population paupérisée s'ajoute à la guerre de
succession d'un président malade, semble incertaine. Au dixième
jour de la grève générale illimitée lancée par les syndicats
guinéens, la troisième en un an, les principales villes du pays
sont paralysées et la production de bauxite, première source de
devises, est interrompue. Le mouvement, largement suivi, mêle
revendications sociales et protestation contre le régime du
président Lansana Conté, 72 ans.
En allant libérer lui-même, à la mi-décembre, deux de ses
proches, l'ex-président du patronat Mamadou Sylla et l'ancien
ministre Fodé Soumah, inculpés de détournement de fonds publics, le
chef de l'Etat a mis le feu aux poudres. Au pouvoir depuis 1984, le
président Conté, qui à cette occasion se serait exclamé :
«La justice, c'est moi !», semble avoir perdu contact avec la
réalité. Mercredi soir, lors d'une brève rencontre avec des leaders
syndicaux à Conakry, il les aurait menacés physiquement. Selon le
secrétaire général de l'Union syndicale des travailleurs de Guinée
(USTG), Ibrahima Fofana, cité par le site GuineeNews.org, il aurait
d'abord déclaré être
«humilié, déshabillé, déculotté» par les syndicalistes, avant
de les avertir :
«Je risque de vous tuer tous les quatre [Dr Fofana, Rabiatou
Diallo, Yamoudou Touré et Dr Baldé, tous responsables syndicaux,
ndlr].
J'ai déjà tué, je suis capable de tuer encore...» Dans une
lettre au président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé,
les syndicats demandent que soit saisie la Cour suprême
«pour constater la vacance du pouvoir» face à
«la dégradation» de l'état de santé du président.
Paris a appelé hier au
«dialogue» entre le pouvoir et les syndicats et
«vivement déconseillé» de se rendre en Guinée, où vivent 2
048 Français.
(avec AFP)
http://www.liberation.fr/actualite/monde/229546.FR.php © Libération
|